Résultats de la CoP20 de la CITES
Le commerce international des espèces sauvages continue de poser des défis complexes pour la conservation de la biodiversité, particulièrement dans des régions comme les Caraïbes, où se croisent les routes commerciales, les capacités d’application des lois et les dynamiques transfrontalières. Du trafic d’oiseaux chanteurs et d’autres animaux vivants à l’exploitation des espèces marines et terrestres, ces pressions dépassent les frontières nationales et nécessitent des réponses internationales coordonnées.
Dans ce contexte, les gouvernements se sont réunis à Samarcande, en Ouzbékistan, du 24 novembre au 5 décembre 2025 pour la vingtième session de la Conférence des Parties (CoP20) à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), l’accord mondial qui réglemente le commerce international des espèces menacées d’extinction. Pour participer à ces discussions et apporter une perspective régionale en matière d’application des lois, le Réseau Caribéen pour l’Application des Lois sur la Faune et la Flore (CAR-WEN) a participé à la CoP20 aux côtés des délégations gouvernementales et de nombreux observateurs issus de la société civile et d’organisations multilatérales du monde entier.
Les délégués et les observateurs à la CoP20 de la CITES se sont réunis en Ouzbékistan pour soutenir la coopération continue en matière de commerce international des espèces sauvages et faire progresser la mission du CAR-WEN.
La Convention CITES
La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction constitue le principal cadre mondial régissant le commerce international des espèces sauvages. Depuis son entrée en vigueur en 1975, la CITES s’est élargie pour compter 185 Parties, qui œuvrent ensemble pour empêcher que le commerce international ne menace la survie des espèces sauvages.
Ses outils comprennent l’inscription des espèces à trois Annexes assorties de différents niveaux de contrôle du commerce, la délivrance de permis et de certificats pour le commerce légal, ainsi qu’un ensemble de procédures convenues pour favoriser le respect des dispositions, la présentation de rapports et la coopération entre les Parties. En pratique, ce système aide les pays à distinguer le commerce légal du commerce illégal, renforce la capacité des douanes et des autorités chargées de la faune et de la flore à intervenir aux frontières et fournit un cadre de référence commun pour l’application des lois et les poursuites dans les différents pays ou territoires.
La CITES complète également d’autres accords internationaux sur la biodiversité en réglementant le commerce international des espèces sauvages. Dans la région élargie des Caraïbes, elle complète le Protocole SPAW en aidant les Parties à faire face aux pressions du commerce transfrontalier susceptibles de compromettre les efforts régionaux de conservation. Les deux accords se renforcent mutuellement : le Protocole SPAW renforce la coopération en matière de gestion de la biodiversité dans la région, tandis que la CITES fournit des mécanismes communs de contrôle du commerce et des systèmes documentaires qui favorisent une action cohérente lorsque des spécimens franchissent les frontières internationales.
Principaux résultats de la CoP20
Lors de la CoP20 de la CITES, les Parties ont adopté 34 des 51 propositions soumises pour modifier les Annexes de la Convention, ainsi que 353 décisions définissant son programme de travail et ses priorités pour la période à venir. Pour la région élargie des Caraïbes, plusieurs résultats se sont distingués par leur pertinence pour les dynamiques commerciales régionales et les réalités de l’application des lois : le renforcement des contrôles du commerce d’oiseaux chanteurs très commercialisés, l’élargissement des mesures de protection de plusieurs espèces marines et le maintien de l’attention portée à des questions commerciales prioritaires d’importance économique pour la région.
Les avancées concernant les oiseaux chanteurs constituent l’un des résultats les plus concrets pour les Caraïbes méridionales et le plateau des Guyanes. Les Parties ont adopté la proposition 18, inscrivant le Sporophile de Maximilien (Sporophila maximiliani) à l’Annexe I et plusieurs espèces étroitement apparentées de sporophiles à l’Annexe II au titre des dispositions relatives aux espèces ressemblantes. Parmi celles-ci figure le Sporophile curio (Sporophila angolensis), une espèce fréquemment soumise à des pressions commerciales dans certaines parties des Caraïbes méridionales, au Guyana et au Suriname. Ces inscriptions renforcent la base juridique des contrôles du commerce et répondent directement aux difficultés persistantes d’application des lois liées à l’identification des espèces et aux ressemblances entre elles dans le commerce d’oiseaux vivants.
La CoP20 a également produit des résultats majeurs pour le commerce des espèces marines, renforçant une évolution plus large vers une réglementation accrue des chaînes d’approvisionnement à haut risque et à forte valeur économique. Plusieurs espèces de requins et de raies particulièrement connues ont été transférées à l’Annexe I, notamment le requin océanique (proposition 28), les raies manta et les diables de mer (proposition 30), ainsi que le requin-baleine (proposition 31), ce qui revient à interdire leur commerce international à des fins commerciales. Pour les gouvernements caribéens, ces résultats sont importants, car les organismes chargés de l’application des lois doivent souvent faire face à des échanges commerciaux complexes liés à la pêche, aux risques associés aux transbordements et à des capacités limitées en matière d’inspection et d’identification. Des règles commerciales internationales et des exigences documentaires plus claires revêtent donc une importance opérationnelle.
La réunion a également reconduit les décisions concernant le lambi (Strombus gigas), maintenant l’attention internationale sur l’une des espèces commercialisées les plus emblématiques sur le plan culturel et les plus importantes sur le plan économique dans la région élargie des Caraïbes. Elle a aussi adopté des décisions concernant les poissons marins d’ornement, témoignant de l’importance croissante accordée à la traçabilité et au suivi des chaînes commerciales de l’aquariophilie, qui peuvent affecter les écosystèmes récifaux et les moyens de subsistance des populations côtières.
Enfin, la CoP20 a mis davantage en lumière des préoccupations commerciales émergentes ou non résolues. La proposition 35 visant à inscrire toutes les anguilles de la famille des Anguillidés (Anguilla spp.) à l’Annexe II n’a notamment pas été adoptée. Les Parties ont toutefois adopté une nouvelle résolution sur ces anguilles, qui maintient l’attention sur la légalité, la durabilité et la traçabilité, tout en définissant une voie claire pour poursuivre les travaux entre les sessions de la Conférence des Parties.
Le CAR-WEN à la CoP20
Le Groupe de Travail du CAR-WEN a également cherché à faire progresser sa mission régionale et à contribuer aux discussions mondiales sur l’application des lois sur la faune et la flore au moyen de diverses activités lors de la CoP20 de la CITES, allant de l’organisation d’un événement parallèle consacré à l’initiative CAR-WEN au renforcement des liens avec des partenaires potentiels et les communautés de professionnels de l’application des lois sur la faune et la flore.
Le CAR-WEN a organisé un événement parallèle dédié, intitulé The CAR-WEN: Advancing Wildlife Enforcement in the Wider Caribbean, consacré au réseau et à son rôle dans le soutien à la coopération en matière d’application des lois sur la faune et la flore dans les Caraïbes. Cette session a offert l’occasion de présenter les avancées du CAR-WEN, de mettre en lumière les outils et les approches en cours de développement et de discuter de l’intérêt d’une collaboration structurée entre plusieurs pays pour lutter contre la criminalité liée à la faune et à la flore.
Des membres du CAR-WEN ont également participé à un événement parallèle intitulé Global Wildlife Enforcement Networks, Dialogue on Inter WEN Cooperation, organisé par le South Asia Wildlife Enforcement Network (SAWEN). Cet événement a joué un rôle important en facilitant un échange de points de vue sur les approches régionales de l’application des lois sur la faune et la flore et de la coopération.
En parallèle, les membres ont eu des échanges informels avec des gouvernements, des organisations de la société civile et des partenaires internationaux tout au long de la CoP. Ces échanges ont permis de tirer de nouveaux enseignements et d’explorer des possibilités de collaboration dans la région élargie des Caraïbes.
Dans leur ensemble, ces activités ont contribué à mieux faire connaître le modèle institutionnel du CAR-WEN en cours de développement et ont renforcé l’intérêt pour des approches coordonnées entre différentes régions en matière d’application des lois sur la faune et la flore.
Denny Dipchansingh, secrétaire permanent adjoint par intérim au ministère de l’Agriculture, des Terres et de la Pêche de Trinité-et-Tobago, figurait parmi les invités de marque ayant prononcé une allocution lors de l’événement parallèle du CAR-WEN.
Perspectives
En conclusion, les résultats de la CoP20 de la CITES constituent une base importante pour poursuivre les efforts dans la région élargie des Caraïbes. Qu’il s’agisse de mettre en œuvre les nouvelles inscriptions d’oiseaux chanteurs et les décisions associées ou de renforcer l’application des lois tout au long des chaînes commerciales des espèces marines, notamment les requins et les raies, le lambi et les poissons marins d’ornement, ces résultats rappellent la priorité pratique qui demeure : traduire les règles convenues à l’échelle mondiale en actions cohérentes grâce au renforcement des capacités d’identification, à une meilleure traçabilité et à une application coordonnée des lois.
Le Groupe de Travail du CAR-WEN continuera de soutenir ces efforts ainsi que d’autres initiatives en renforçant la coopération entre les partenaires et en favorisant une application des lois sur la faune et la flore plus coordonnée et intégrée dans l’ensemble de la région.